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La Switch 2 a été ouverte par une application de la Switch 1, avec Codex dans l’atelier

Le fait : le 22 octobre 2026, Sammy Hajhamid, étudiant chercheur en sécurité connu sous le pseudo pepsipu, publie ns2jb, le premier jailbreak de la Nintendo Switch 2 qui ne demande ni puce ni modification matérielle, et qui fonctionne sur la version 23.0.1 du système — la plus récente à ce moment-là ; autrement dit, sur une console à jour. Le dépôt public est une démonstration, et son README l’écrit noir sur blanc, au milieu de sa procédure : « This demo does not install custom firmware or persistence. » La porte d’entrée n’est pas un composant : c’est SmileBASIC 4.4.9, une application de programmation vendue sur l’eShop de la première Switch et restée compatible avec la seconde. Un programme de 229 lignes — chiffre donné par Numerama, le README ne le donne pas — y dialogue, sur le port 39380, avec un petit serveur Node.js installé sur un ordinateur du même réseau. Le même README s’ouvre sur une phrase qui a enflammé la discussion : « Thank you Codex for dutifully packaging the exploits for distribution. No, I have not read the distributed package. » Car le rôle de l’intelligence artificielle dans cette affaire est le point le plus disputé du dossier, et nous n’avons trouvé aucune source qui le décrive de la même façon.
La chaîne technique, d’abord, qui est le point le plus solide du dossier. Elle enchaîne un débordement d’entier de 32 bits dans l’interpréteur BASIC de SmileBASIC 4 et un débordement de tampon dans le service de fichiers de la console ; le résultat donne une exécution de code natif avec les permissions des modules système ordinaires, et permet d’exécuter du homebrew non signé, de dumper du code, de sauvegarder et restaurer les données de jeu, de modifier des exécutables et d’accéder aux entrées-sorties mappées en mémoire. Les limites comptent autant que les capacités, et ce sont elles que la reprise en cascade a effacées : le jailbreak, dit la fiche de veille sécurité de Mallory, « does not compromise the secure boot chain or support pirated game-backup execution » — il ne casse pas la chaîne de démarrage sécurisée et ne permet pas de lancer des copies piratées. La méthode est attachée à un ordinateur, qu’il faut rebrancher après chaque redémarrage, et les deux failles sont corrigeables par logiciel. Sur la valeur du travail, TechPowerUp cite un autre chercheur, Gezine, qui a jugé que « seems legit » ; il ne s’agit pas d’un audit. Le sourçage, maintenant, et il faut le dire précisément : la chaîne est décrite par deux sources indépendantes, Mallory et TechPowerUp, qui donnent les mêmes deux débordements et le même service de fichiers. C’est Mallory seul, en revanche, qui affirme que la chaîne de démarrage reste intacte et que les deux failles sont corrigeables ; et c’est lui aussi qui écrit « reportedly » dès qu’il s’agit de la publication et du chaînage.
Deuxième point, et c’est celui qui explique pourquoi l’affaire a marché : la porte n’a pas été forcée de l’extérieur, elle avait été laissée entrouverte. SmileBASIC 4 appartient à la génération précédente, et une console qui doit continuer à faire tourner les logiciels de la génération précédente conserve aussi leur surface d’attaque. Nintendo a retiré l’application de l’eShop une fois l’exploit public. L’article de Numerama ajoute que Hajhamid l’aurait déjà porté sur WebKit, le moteur web de la console, ce qui « rendrait » le retrait inutile ; et il conclut pour sa part, à l’indicatif, que seule une mise à jour du système peut refermer la faille. TechPowerUp, publié onze jours plus tôt, raconte une autre étape : « An early attempt through the Switch 2’s WebKit browser didn’t pan out », une tentative préalable par le navigateur n’a pas abouti, et la chaîne qui a fonctionné passe par SmileBASIC. Les deux récits ne se contredisent donc pas nécessairement — ils se contrediraient si le portage WebKit était antérieur à l’exploit — et aucune de nos sources ne permet de dater l’un par rapport à l’autre.
Le rôle de Codex, maintenant, puisque c’est là que les récits divergent le plus. La lecture la plus étroite vient de la fiche Mallory : Codex aurait « assisted him in identifying a vulnerability used in the ns2jb research », il aurait aidé à identifier une faille. La lecture la plus large vient de TechPowerUp, qui décrit un dispositif matériel : Hajhamid a branché une Switch 1 et une Switch 2 sur deux JetKVM, avec un interrupteur Bluetooth qui appuie sur le bouton d’alimentation à chaque plantage, « so the AI agents could keep at it on their own » — pour que les agents IA continuent seuls. Numerama parle d’« une grande partie du travail », Codex envoyant les commandes, récupérant l’image et relançant la console après chaque plantage. Et l’auteur lui-même, dans son propre README, remercie Codex d’avoir « dutifully packaging the exploits for distribution ». Nous ne dirons donc pas que l’IA n’a pas piraté la Switch 2 : la formule courante — une IA a piraté la Switch 2 — est une simplification, et elle masque la seule chose qui compte ici : un agent de programmation employé comme instrument de recherche de faille, sur du matériel réel, pendant des jours. Que l’on juge le rôle décisif ou marginal, il n’est pas décoratif.
Le second étage du sujet est arrivé après, et c’est lui qui est neuf le 2 novembre. Un projet open source publié sous licence MIT sur GitHub par un développeur qui signe seedds, nxnative, exécute les jeux Switch nativement sur iPhone, iPad et Mac, selon son propre README. Son README est catégorique sur ce qu’il n’est pas : « It is not an emulator: the game’s own code runs directly on the Apple chip, with Switch graphics rebuilt on Metal », ce n’est pas un émulateur, et « Nothing from any game is in this repository » — il faut apporter ses propres fichiers NSP et sa clé prod.keys, qu’un script transforme en une IPA à installer à la main. La pile est faite de travaux d’autrui, et le README les nomme : la méthode vient de d2r-mobile, mise au point pour Diablo II: Resurrected ; le traducteur de shaders est celui de Ryujinx, qui les convertit en SPIR-V ; mesosphère, le noyau d’Atmosphère, sert de référence pour la sémantique de synchronisation ; LibHac lit les NSP ; SPIRV-Cross traduit le SPIR-V en Metal Shading Language, et glslang, l’étape d’avant, compile le GLSL des jeux OpenGL en SPIR-V. Il faut un Mac en macOS 26.6 ou plus et Xcode 27.2. Le point que la reprise a massivement déformé, et que le README dit explicitement : « Switch 2 games have started too », mais « plays on the Mac, packed from a dump of the game; iPhone and iPad are untested ». Pour les jeux Switch 2, le dépôt principal ne teste que le Mac.
Il existe pourtant bien des démonstrations sur téléphone, et c’est Frandroid qui apporte le maillon que Numerama laisse de côté. Mario Kart World a tourné sur un iPhone 18 Pro, mais la démo « vient d’un fork privé de nxnative, signé par le développeur d’émulateurs Will Faust » ; sa première version sur Mac affichait « des couleurs fausses, des saccades et une géométrie incomplète » ; son auteur a prévenu qu’il ne publierait pas son code, et ses vidéos sur X ont été désactivées après un signalement du détenteur des droits. Frandroid écrit noir sur blanc : « Personne n’a pu le vérifier, puisque son fork reste privé », et rappelle qu’il faut « une console piratée ». Sur les décomptes, les deux sources du jour ne mesurent pas la même chose et ce n’est pas une énigme : Numerama parle d’environ 85 jeux Switch 1 qui « seraient déjà compatibles », Frandroid de 116 jeux testés sur le site du projet. Compatible et testé ne sont pas synonymes, et le chiffre de Frandroid porte sur la galerie que tient le projet lui-même.
Reste ce que ni l’un ni l’autre ne dit, et qui devrait figurer dans tout article sur le sujet. Numerama est net : « En France, contourner les protections d’une console reste illégal, y compris pour copier ses propres jeux. » Frandroid documente le levier réel : le contournement d’une mesure technique de protection est sanctionné par le Code de la propriété intellectuelle, Nintendo a fait supprimer 401 dépôts d’émulateurs Switch sur GitHub le 17 août en une journée, et « nxnative demande exactement ces clés ». Cela change la conclusion qu’on peut tirer du dossier. Ce que Nintendo peut faire n’est pas seulement retirer une application et publier une mise à jour : il peut aussi agir juridiquement, et il l’a déjà fait à cette échelle. Le test des six mois ne porte donc ni sur la chaîne de démarrage, intacte, ni sur le lancement de copies piratées sur la console, que ce jailbreak ne permet pas : il porte sur deux choses plus solides — la rétrocompatibilité comme surface d’attaque, et la possibilité de faire sortir un jeu de sa console. Une console peut-elle rester fermée à clé quand elle doit continuer à faire tourner les logiciels de la génération d’avant ? Nous n’avons pas de réponse, et nous n’avons exécuté ni le jailbreak ni nxnative : nous décrivons des documents, des dépôts et des déclarations, pas des consoles.
Verdict SassyNow
Utile avec réserve — le fait est daté, nommé et documenté jusqu’au dépôt public du chercheur, et la reprise en cascade en a effacé trois choses. La porte d’entrée est une application de la génération précédente, pas un composant. La chaîne de démarrage est intacte et les copies piratées ne se lancent pas sur la console. Et le rôle de Codex n’est pas celui d’un assistant de rédaction : entre « assisted him in identifying a vulnerability » chez Mallory et « a good chunk of the heavy lifting », avec des agents pilotant deux consoles, chez TechPowerUp — et, entre les deux, la formule de Numerama sur une grande partie du travail confiée à Codex —, la seule formulation honnête est que les sources ne s’accordent pas — et que l’auteur remercie lui-même Codex dans son README. Les réserves, maintenant, et elles sont réelles : l’affirmation que la chaîne de démarrage reste intacte, et que les deux failles sont corrigeables, n’est portée que par Mallory ; les démonstrations sur iPhone passent par un fork privé que Frandroid déclare invérifiable, avec des vidéos retirées après signalement ; et nous n’avons rien exécuté. Nous avons eu tort, en préparant cet article, de conclure d’abord que les jeux Switch 2 ne tournent pas sur téléphone : le README ne dit pas cela, il dit que le dépôt principal ne les y a pas testés, et deux de nos propres sources montrent l’inverse.
Sources
- Numerama — « Piratage de la Switch 2 : jeux natifs sur Mac et iPhone, émulation PC… Nintendo est dans une mauvaise passe » (2 novembre 2026)
- Mallory — « Switch 2 Software-Only Jailbreak Chains SmileBASIC and Filesystem Flaws » (5 sources, première observation le 22 octobre 2026)
- TechPowerUp — « Nintendo Switch 2 Gets Its First Software-Only Jailbreak, With Help From OpenAI Codex » (22 octobre 2026)
- pepsipu — dépôt public ns2jb, README (SmileBASIC 4.4.9, firmware 23.0.1, Node.js 22+, port 39380, « does not install custom firmware or persistence »)
- GitHub — seedds/nxnative, README (licence MIT, « it is not an emulator », « iPhone and iPad are untested »)
- Frandroid — « iPhone, iPad, Mac : désormais plus de 100 jeux Switch y tournent en natif, malgré Nintendo » (2 novembre 2026 : fork privé de Will Faust, 116 jeux, Code de la propriété intellectuelle)