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Les entreprises interrogées par la Banque d’Angleterre créditent l’IA de 0,1 à 0,2 point de productivité par an — et en attendent 0,9

Publié le 6 novembre 2026
Note Buzz : 4/10SassyNow : Utile
La façade de la Banque d’Angleterre sur Threadneedle Street, de nuit : le bâtiment néoclassique aux colonnes corinthiennes occupe la droite de l’image, deux bus rouges londoniens passent au premier plan, et des immeubles de bureaux éclairés se dressent derrière.
Photo d’illustration — mattbuck ( category ) · CC BY-SA 4.0 · source

Le fait : le 5 novembre 2026, la Banque d’Angleterre a publié son Monetary Policy Report trimestriel — celui qui accompagne sa décision de taux, prise le 4 novembre par un vote de « 8–1 to increase Bank Rate by 0.25 percentage points, to 4% ». Dans ce document, deux encadrés mesurent l’intelligence artificielle, et le résultat tient dans une phrase écrite par la Banque elle-même : « so far there is only evidence of a modest AI-driven rise in UK productivity growth ». Le chiffre qui va avec vient d’une enquête auprès des entreprises : l’IA aurait augmenté leur productivité « by around 0.5% over the past three years », soit « about 0.1–0.2 percentage points to annual productivity growth since early 2024 ». La même enquête donne l’attente pour les trois années suivantes : « about 0.9 percentage points per year ». Entre ce que ces entreprises déclarent et ce qu’elles attendent, il y a un facteur de quatre et demi à neuf — et c’est la Banque qui écrit les deux nombres, dans le même document.

Ce que la Banque lit, et avec quelle preuve. Le Monetary Policy Report est un document trimestriel de politique monétaire, pas une étude sur l’IA : l’IA y apparaît dans deux encadrés, et c’est précisément ce qui rend ses chiffres intéressants. Ils sont trois, et ils ne reposent pas sur le même type de preuve. Le premier vient d’une enquête auprès des entreprises — le Decision Maker Panel, que le rapport définit lui-même dans ses abréviations : « DMP – Decision Maker Panel ». C’est une estimation déclarée par les entreprises, pas une mesure de statisticien, et le rapport l’écrit comme telle : « Firms responding to the DMP survey estimate that AI has increased productivity by around 0.5% over the past three years, in line with similar impacts reported in other countries. » La Banque convertit ensuite ce cumul en rythme annuel : « This would point to AI contributing about 0.1–0.2 percentage points to annual productivity growth since early 2024. » Le deuxième chiffre vient des services de la Banque eux-mêmes. Le troisième est une anticipation, et il est quatre fois et demie à neuf fois plus gros : « Firms responding to the DMP survey expect AI to boost productivity growth by about 0.9 percentage points per year on average over the next three years, split roughly equally between slower employment growth and faster output growth »

Ce que le rapport ajoute, et qui est plus gênant pour le récit dominant. Deux précisions du même encadré limitent la portée du 0,5 %. La première est sectorielle : la productivité a bien progressé dans les secteurs les plus exposés à l’IA, comme l’information et la communication, mais « it has not risen above pre-Covid averages ». Autrement dit, la croissance de la productivité s’y est redressée, mais elle reste en dessous des moyennes d’avant-Covid — ce n’est pas la même chose que de les dépasser. La seconde est sur l’emploi, et elle contredit l’angoisse la plus répandue : « In aggregate, firms responding to the DMP survey report close to zero impact of AI on employment so far. » La Banque ajoute que cela rejoint une série d’études empiriques qui ne trouvent pas de trace claire d’un effet sur l’emploi agrégé, et que ses agents de terrain observent bien quelque chose — des entreprises qui embauchent moins volontiers — mais « not materially increasing the likelihood of firing workers so far ».

Le fait que les reprises n’ont pas retenu : l’IA se vend avant de servir. C’est l’encadré C, et c’est la partie du rapport qui décrit un mécanisme plutôt qu’un chiffre. La Banque y construit une mesure indirecte de l’activité liée à l’IA, et il faut lire sa définition pour comprendre ce qu’elle attrape : « This measure combines the output of computer programming and consulting, information services, and publishing activities, the latter of which includes developing AI agents and application software, although not all the output of these sectors will capture AI activity. » La prudence est dans la dernière proposition, et elle continue ligne suivante : « some of the growth captured by this proxy measure may also reflect the longer-run expansion of technology-related activity ». Une fois cet effet de tendance retiré, le résultat est spectaculaire : « Adjusting for this trend suggests that novel AI-related activity accounts for just under a fifth of GDP growth since the start of 2026. » Près d’un cinquième de la croissance britannique de 2026 viendrait donc de l’IA. Mais la phrase suivante dit d’où : « The contribution to growth from AI to date appears to reflect activity in the upstream development and implementation of AI technologies rather than broader gains from their adoption elsewhere in the economy. » Traduit sans détour : ce qui compte dans le PIB, c’est de construire et de déployer de l’IA, pas de s’en servir. Le rapport complète par un chiffre d’investissement qui va dans le même sens : les dépenses des entreprises ont progressé « by nearly 5% in the first half of 2026 alone », dont une part liée à l’IA.

Le seul effet de prix, lui, est déjà là. Il tient en une ligne du rapport, et c’est peut-être la plus concrète pour un lecteur européen : « Demand for AI-related products such as memory chips has placed upward pressure on export prices, particularly in China and advanced Asian economies » Le raisonnement est mesuré de bout en bout : la demande de composants mémoire pousse les prix à l’exportation en Chine et dans les économies avancées d’Asie, ce qui renchérit les importations britanniques. La Banque en tire elle-même la conséquence, et il faut la citer : « All else equal, persistently higher UK import price inflation means that the prices of domestically produced goods and services must rise more slowly ». La locution du rapport est « all else equal » — toutes choses égales par ailleurs, et non une hypothèse portant sur la seule monnaie. Autrement dit : les entreprises attendent encore le gain de productivité, alors que les coûts du déploiement circulent déjà dans l’économie. C’est The Register qui en tire la formule la plus dure, et il faut la lui attribuer : « In other words, selling AI is proving rather more lucrative than actually using it »

Ce que la presse en a fait, et ce qu’elle a laissé. Le 6 novembre, The Register a titré « Bank of England pours cold water on AI productivity boom », avec un sous-titre qui n’est pas du rapport : « Turns out throwing billions at GPUs doesn’t automatically mean everyone gets more done » Le mot GPU n’apparaît pas dans l’analyse de la Banque, qui parle d’investissement en IA et d’activité liée à l’IA : la formule est une image de journaliste, et elle est efficace — c’est le problème, parce qu’elle transforme un constat sur la mesure en procès sur la dépense. L’article apporte en revanche deux éléments que le rapport ne contient pas, et qui sont utiles à condition d’être attribués : une enquête Gartner où « just 3 percent of organizations had actually achieved their targets », « 38 percent were already over budget on AI spending, yet 85 percent planned to spend even more next year » ; et un avertissement du Fonds monétaire international du mois précédent, qui craint que la dépense ne se retourne contre les investisseurs. Aucun de ces deux éléments n’est dans le document de la Banque : ils viennent de The Register, qui les cite.

Ce que la Banque ne dit pas, et qui compte pour la suite. Le rapport n’est pas un réquisitoire, et le présenter comme tel serait la faute symétrique de celle qu’on reproche aux titres. Il écrit que les risques sont orientés à la hausse : « But there are increasing upside risks to productivity growth from AI. » Il décrit même le canal, à travers ses agents de terrain : « Contacts of the Bank’s Agents increasingly report that firms using AI proficiently and at sufficient scale can automate routine administrative work and accelerate knowledge tasks. » La nuance est « proficiently and at sufficient scale » — l’adverbe porte tout le sens, et il n’est pas dans les titres. Ce que la Banque dit, en une phrase, c’est qu’elle ne sait pas encore : « although uncertainty around the size and timing of this effect remains large ». Pour un créateur, la conséquence pratique tient en deux temps. Aujourd’hui, aucun outil ne change de nature parce qu’un rapport trimestriel a relayé 0,2 point : les gains annoncés par les fournisseurs restent des promesses, et l’estimation que la banque centrale recueille auprès des entreprises dit qu’ils sont, pour l’instant, faibles et concentrés en amont — et le rapport la situe « in line with similar impacts reported in other countries ». Demain, le test est daté et il porte un chiffre : les mêmes entreprises qui estiment 0,1 à 0,2 point par an en attendent 0,9. Une réserve, et elle vient du même encadré : la moitié de ces 0,9 point est censée venir d’embauches plus lentes, pas de production en plus — le rapport écrit lui-même « split roughly equally between slower employment growth and faster output growth ». Le test mesure donc en partie une baisse d’embauche déguisée en gain de productivité, ce que la Banque signale à propos du redressement déjà observé. Si l’écart se resserre dans les prochains rapports, la promesse aura tenu ; s’il ne bouge pas, c’est la prévision qui était fausse.

Verdict SassyNow

Utile — la Banque d’Angleterre ne dit pas que l’IA ne sert à rien ; elle dit ce qu’elle mesure, et le contraste entre les deux nombres du même document est le vrai sujet. L’IA a ajouté 0,1 à 0,2 point de productivité par an au Royaume-Uni depuis début 2024 selon les entreprises interrogées, qui en attendent 0,9 pour les trois ans qui viennent. Le seul apport massif et identifiable à la croissance — près d’un cinquième de la croissance du PIB depuis le début de 2026 — vient de l’amont, du développement et du déploiement, pas de l’usage. Et le coût, lui, est déjà là, par les prix des composants mémoire. Deux réserves : le 0,5 %, le 0,1–0,2 point qui en est tiré et le 0,9 point sont des estimations déclarées par des entreprises ou des conversions de ces estimations, pas des mesures de statisticien, et le cinquième de la croissance repose sur une mesure indirecte que les services de la Banque construisent eux-mêmes et retraitent. Ce qui tient dans six mois : l’écart entre 0,1–0,2 et 0,9, parce qu’il est écrit, daté, et qu’il se vérifiera au prochain rapport trimestriel.

Sources