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OpenAI rabote son prix de 150 milliards de dollars — et Anthropic est revue à la baisse avant même son IPO

Publié le 24 octobre 2026
Note Buzz : 7/10SassyNow : Utile avec réserve
Logotype d’OpenAI, l’entreprise dont la valorisation demandée a été abaissée de 150 milliards de dollars
Photo — OpenAI · domaine public · source

Le fait : selon le Financial Times, OpenAI a ramené de 1 400 à 1 250 milliards de dollars la valorisation qu’elle demande aux investisseurs — 150 milliards rabotés, soit 10,7 % — pour un tour d’au plus 30 milliards. Le même jour, des investisseurs discutaient Anthropic à environ 1 500 milliards, contre 2 000 espérés. Aucune source primaire publique : OpenAI n’a pas commenté.

Commençons par la version qui va circuler : OpenAI lèverait 30 milliards de dollars, valorisée 1 250 milliards. Elle est à peu près vraie, et elle rate le sujet. Le 23 octobre, deux reprises du Financial Times ont rapporté qu’OpenAI avait ramené de 1 400 à 1 250 milliards de dollars la valorisation qu’elle réclame à ses investisseurs. Cent cinquante milliards rabotés, 10,7 % du prix demandé. Tech Funding News, qui reprend le FT, le formule sans détour : « OpenAI is asking investors to pay less than it first suggested. » Business Matters écrit les deux mots qui manquent partout ailleurs : « after pushback ». Ce n’est pas une levée record — c’est un prix qui n’a pas tenu. Et le tour n’est pas fait : il vise « up to $30 billion », il peut « close below $30 billion if demand falls short », et « OpenAI declined to comment ».

Un détail tranche la question de savoir s’il s’agit d’une négociation ou d’une correction. Les 1 400 milliards n’étaient pas un chiffre interne : Morgan Stanley et Dragoneer les avaient présentés à des clients en gestion privée, selon des documents que le FT a vus. Le prix circulait donc déjà chez des investisseurs particuliers fortunés quand il a été retiré. Qui mène ? Coatue, et des fonds des Émirats arabes unis, « in discussion to lead » — Livemint, citant Bloomberg, écrit pour sa part que Coatue discute de co-diriger l’opération. Ce n’est pas la même chose, et on ne tranche pas. Et d’où vient la discussion : selon Business Matters, « The discussions began after investors approached OpenAI with proposals last month » — ce sont les investisseurs qui sont venus, pas OpenAI qui a fait son marché. Le mot que les sources du FT emploient pour décrire l’état des acheteurs est plus parlant que n’importe quel commentaire : « indigestion ».

Les deux reprises du Financial Times s’empressent d’ajouter que 1 250 milliards restent 47 % au-dessus du tour précédent — 122 milliards levés en mars 2026 sur une base de 852 milliards. C’est exact, et ce n’est pas comparable. 1 250 est un pré-money : Livemint, citant Bloomberg, prend soin d’écrire « The proposed valuation excludes the new capital being raised. » 852 est un post-money, et Tech Funding News le qualifie explicitement comme tel. Un pré-money contre un post-money, c’est un prix d’entrée contre un prix de sortie. En pré-money contre pré-money — un post-money incluant l’argent levé, la base de mars était d’environ 730 milliards —, l’écart serait d’environ 71 %, pas 47 %. Ce calcul est le nôtre, à partir de leurs deux nombres : aucun des deux articles ne le fait, et c’est pour cela que le 47 % circule seul. Il ne change d’ailleurs pas la lecture, il la renforce : par rapport à mars, le prix monte. Par rapport au prix affiché plus tôt ce mois-ci, il baisse. Les deux sont vrais, et seule la seconde phrase décrit ce qui vient de se passer.

Un prix ne recule pas tout seul. Le 22 octobre, plus de 1 000 milliards de dollars sont partis de la valeur des actions technologiques américaines, écrit Business Matters le lendemain. Le déclencheur nommé : Meta, qui a dit devoir lever « hundreds of billions of dollars » pour tenir son investissement dans l’IA. Deuxième facteur : Jensen Huang, le patron de Nvidia, avertissant d’une « scarcity of capital » qui freine le déploiement de l’IA. En Asie, le lendemain, l’indice Nikkei 225 a perdu jusqu’à 2,3 % et plus de 4 % sur la semaine, et le pétrole est monté à un plus haut de cinq mois. Les deux rédactions relient explicitement les deux faits, et dans la même phrase : Business Matters écrit que « The reduction comes as investors weigh the cost of sustaining the artificial intelligence boom », Livemint que « The revision comes amid a broader reassessment of AI investments ». Ce que ni l’une ni l’autre ne dit, c’est que la séance du 22 octobre a causé la décision : elles écrivent « comes as » et « comes amid ». La cause que Business Matters nomme est d’ailleurs une autre, et elle est dans son titre : « after pushback » — la résistance des investisseurs. Le terrain est là — on ne demande pas 1 400 milliards à des gens qui viennent d’en perdre 1 000 en une séance.

Voilà l’autre moitié du dossier. Le même jour, Business Matters rapporte que « Investors are reported to have discussed valuing the company at about $1.5tn, down from the $2tn that had previously been expected » — et il s’agit d’Anthropic, qui « filed its prospectus confidentially with US regulators in June » et prépare une cotation « expected in November ». The Motley Fool confirme le mouvement et descend plus bas : « many analysts expect the company to debut at a valuation of roughly $1.5 trillion. Some estimates suggest that the company could be valued as low as $1.2 trillion at its IPO. » Deux entreprises, deux rédactions différentes, deux chiffres qui reculent. Ce n’est donc plus l’histoire d’OpenAI qui déçoit : c’est l’actif IA de frontière qui est repricé à la baisse, avant une cotation qui va enfin lui donner un prix public.

Et il y a des comptes à mettre en face. Un brouillon du prospectus d’Anthropic, fuité, donnerait environ 16,3 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, contre 1,1 milliard un an plus tôt, pour une perte d’environ 80,7 milliards sur la même période — Business Matters écrit 80, sans décimale. Ces chiffres viennent d’un document non publié et d’une seule reprise détaillée : on les donne pour ce qu’ils sont. Le troisième trimestre, lui, aurait atteint 16,8 milliards de revenus, en hausse de 45 % d’un trimestre sur l’autre. Le repère de comparaison est brutal : en juin, l’introduction en Bourse de SpaceX a valu 1 770 milliards de dollars à 135 dollars l’action, la plus grosse jamais réalisée.

Reste un terme du tour. Selon le FT, cité par Tech Funding News, il comprend « a right of first refusal on new computing power built by its UAE partners » : un droit de premier refus sur la puissance de calcul que construisent ses partenaires émiratis, donc la priorité sur une capacité rare. Ce n’est pas un accord d’achat, c’est une option de priorité — et ce n’est pas la même chose pour celui qui paie. L’ordre de grandeur de ce que le secteur dépense pour cette capacité donne la mesure de l’enjeu : J.P. Morgan Global Research projette 900 milliards de dollars de capex liée à l’IA en 2026, et 5 500 milliards cumulés d’ici 2030.

Ce dossier n’a aucune source primaire publique. Le prospectus est confidentiel, OpenAI n’a pas commenté, et l’article du Financial Times est inaccessible derrière un mur payant. L’essentiel de ce qui précède repose sur des sources non publiques — des personnes non nommées, et un prospectus fuité pour les comptes d’Anthropic — reprises par quatre rédactions, dont trois citent le FT ou Bloomberg. Une précision, et une réserve qui compte. L’échéance du 30 octobre, elle, est portée par deux sources : Tech Funding News la nomme (« The October 30 deadline will show whether OpenAI gets the full $30 billion »), et Bloomberg, cité par Livemint, écrit que l’entreprise attend ses engagements d’investisseurs « by the end of next week » — publié un vendredi, cela tombe le 30. Et les deux familles de presse ne s’accordent pas sur qui a déposé confidentiellement un prospectus en juin : Livemint l’attribue à OpenAI, Business Matters à Anthropic. Les deux peuvent être vrais ; rien ne l’établit.

Notre lecture : jusqu’à cette semaine, le prix de l’IA de frontière était fixé par celui qui la fabrique. Il vient d’être fixé par celui qui la paie. Ce n’est pas un effondrement — Tech Funding News l’écrit lui-même, « A $150 billion cut, or 10.7%, is not a collapse » — c’est un changement de main sur le volant. Et le recul d’Anthropic montre que le volant a changé de main pour tout le monde, pas seulement pour celui qui demandait le plus. Le test du retour à la moyenne, maintenant : dans six mois, que le tour d’OpenAI ait clos à 30 milliards ou en dessous ne changera rien à ta chaîne de production. Ce qui la changerait, c’est que le prix de l’API suive la valorisation. Aucune source de ce dossier ne dit qu’il suivra. Voilà la seule question utile qui en sorte, et elle est posable dès demain à son fournisseur : si ton tour de table se fait en dessous de ce que tu demandais, qu’est-ce qui arrive à mon tarif ?

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — le prix demandé par OpenAI a bien reculé de 150 milliards de dollars après la résistance des investisseurs, et Anthropic est revue à la baisse dans le même mouvement : c’est l’actif IA de frontière qui est repricé des deux côtés. Mais rien de tout cela n’a de source primaire publique, OpenAI n’a pas commenté, et le tour n’est pas clos.

Sources