← Tous les articles

/// Signal

La promesse de Google sur vos mails et vos photos a désormais une exception — et elle ne vous concerne pas encore

Publié le 26 octobre 2026
Note Buzz : 8/10SassyNow : Utile avec réserve
Enseigne « Google » en lettres blanches sur la façade vitrée d’un immeuble de bureaux, derrière des arbres plantés sur des terrasses en béton, avec des marches et un garde-corps au premier plan
Photo d’illustration — Tdorante10 · CC BY-SA 4.0 · source

Le fait : Google a réécrit le passage publicitaire de ses règles de confidentialité, et la preuve est dans son archive publique. La version « à compter du 12 octobre 2026 » écrit : « Nous ne vous présentons pas d’annonces personnalisées en fonction de vos contenus sur Drive, Gmail ou Photos. » La version « à compter du 16 octobre 2026 », celle qui est en vigueur, garde la phrase et lui ajoute une fin : « … sur Drive, Gmail ou Google Photos, sauf si vous choisissez de rendre les données issues de ces services disponibles pour d’autres services Google qui prennent en charge les annonces personnalisées. » Quatre jours entre les deux. La promesse passe d’absolue à conditionnelle, et le mot « Intelligence personnalisée » entre pour la première fois dans le texte : zéro occurrence le 12 octobre, deux le 16. Cette fonction, elle, n’est pas déployée dans l’Espace économique européen, et Google affirme de son côté que les annonces ne seront pas fondées directement sur la boîte de réception — le mot anglais est « directly ».

Ce n’est pas une lecture d’article, c’est une comparaison de deux pages. Google tient une archive datée de ses règles de confidentialité, où l’on trouve la version du 1er octobre 2026, celle du 12, et celle en vigueur depuis le 16. Les deux premières portent la même phrase, terminée par un point. La troisième la termine autrement. La comparaison phrase à phrase donne onze phrases disparues et treize apparues entre le 12 et le 16, et l’essentiel des ajouts tient dans un seul passage, celui de la publicité : le paragraphe qui autorise un service Google à accéder aux données d’un autre, l’exemple qui dit que la Recherche peut s’en servir « pour personnaliser le contenu, y compris les annonces », et la mention nouvelle, parmi les bases des annonces personnalisées, de « contenus personnalisés sur les services Google ». Le reste est de la menue monnaie : une ligne de date, un « dans la Recherche » ajouté à un exemple, deux phrases de forme. Une promesse de confidentialité qui gagne un « sauf si » n’est pas une reformulation. C’est un changement de régime, et il porte sur les trois services que Google nomme lui-même : la messagerie, le stockage, la photothèque.

La phrase à retenir n’est pas l’exception, c’est celle qui donne son nom au mécanisme. « Si vous choisissez d’autoriser certains services à traiter des données issues d’autres services, y compris pour des fonctionnalités telles que l’Intelligence personnalisée, ces mêmes données pourront être utilisées pour personnaliser votre expérience. » Puis l’exemple, qui est un exemple de tous les jours : « si vous interrogez la Recherche à propos d’une réservation d’hôtel récente, elle pourra utiliser des informations sur les détails de la réservation figurant dans un e-mail pour suggérer des activités à découvrir à proximité de votre hôtel ». Un mail de confirmation devient donc une donnée de contexte pour une recherche. Cette phrase-là est nouvelle : le mot « Intelligence personnalisée » n’apparaissait pas une seule fois dans la version du 12 octobre. Le mouvement est l’inverse de celui qu’on décrit d’habitude, et deux sources le datent : TNW place le lancement de la fonction dans l’application Gemini au 14 janvier 2026, 9to5Google écrit qu’elle a commencé à être déployée en bêta « at the start of this year ». Le produit existait avant le texte. Un produit que Google vend comme une bêta, réservée aux comptes personnels des personnes majeures, et qui se choisit — TNW le rappelle — en connectant ses applis.

Trois limites sont écrites dans la page, et une quatrième vient de Google lui-même : c’est la plus importante, et c’est celle que les reprises n’ont pas gardée. Dans le texte, d’abord. Les annonceurs ne reçoivent pas les données : « Sauf demande expresse de votre part, nous ne partageons pas d’informations qui permettent de vous identifier, telles que votre nom ou votre adresse e-mail, avec les annonceurs. » Les catégories sensibles restent exclues : « Nous ne vous présentons pas d’annonces personnalisées en fonction de catégories sensibles, telles que la race, la religion, l’orientation sexuelle ou la santé. » Et les comptes professionnels sont hors périmètre : selon TNW, les comptes Workspace business, entreprise et éducation n’ont pas accès à Personal Intelligence. Puis la parole de l’entreprise, dans une déclaration à Ars Technica que TNW cite : « Connecting your apps is entirely opt-in. Ads will continue to be relevant to things like your query, the context of the response and your interests. Ads will not be based directly on your Gmail inbox or Photos library, and as always, sensitive information will not be used to tailor ads. » Un porte-parole a ajouté que la modification ne change pas la façon dont Google traite les données avec ses partenaires publicitaires. Tout se joue sur un mot. La politique dit que la Recherche peut traiter certaines données autorisées « y compris les annonces » ; la déclaration dit, en anglais, que les annonces ne seront pas fondées « directly » sur la boîte de réception — directement. Les deux peuvent être vraies ensemble, et c’est exactement là qu’il faut regarder : ce qui est vendu n’est pas la boîte de réception, c’est le contexte qu’on en tire.

Reste le point que la fiche traitait à l’envers. Le déploiement de Personal Intelligence exclut l’Espace économique européen — donc la France —, la Suisse, le Royaume-Uni et le Nigeria, d’après TNW, qui cite la page Personal Intelligence de Google ; Numerama l’écrit de son côté et en tire la conséquence : « N’ayant pas accès au service, les internautes français ne sont donc pas concernés par cette nouvelle exception à ce stade. » Nous n’avons pas pu lire cette exclusion sur une page de Google : ni la page d’aide française ni l’anglaise ne nomment un pays exclu. Deux rédactions indépendantes disent la même chose ; c’est notre source, et nous l’écrivons comme telle. La conséquence pratique est plate, et il faut la dire plate : pour un créateur en France, rien ne change aujourd’hui. L’application Gemini « shows no ads for now », écrit TNW, et la fonction n’est pas déployée ici. Ce qui se vérifie, en revanche, et qui est plus instructif que le reste : la règle est mondiale alors que le service ne l’est pas. La version française des règles — celle que lit un internaute en France — porte déjà l’exception du 16 octobre, l’exemple de la réservation d’hôtel et le mot « Intelligence personnalisée ». Le texte s’applique ici. La fonction, non. Et si elle arrive, le réglage existe : TNW indique qu’on peut déconnecter Workspace et Google Photos de la Recherche, dans Compte Google, à l’endroit que TNW nomme « Data & privacy ».

La chronologie explique la forme du sujet. La nouvelle version entre en vigueur le 16 octobre. Elle est relevée sept jours plus tard, le 23 octobre, par Android Authority — TNW crédite Shimul Sood —, et The Verge comme 9to5Google la reprennent le jour même ; Numerama et TNW la traitent le 26. Ce que cette séquence établit, c’est qui a rendu le changement visible : un site spécialisé, pas un billet de blog. Notre lecture : le fait à retenir n’est pas la présence de vos mails et de vos photos dans un compte Google — ils y sont, et nous n’avons pas mesuré de collecte nouvelle —, c’est le retrait de la seule phrase qui bornait leur usage publicitaire. Une clause conditionnelle est une clause qui peut s’élargir sans annonce : il suffira que la condition se réalise ailleurs plus vite qu’ici. Le test du retour à la moyenne, pour un lecteur en France : est-ce que ça changera quelque chose dans six mois ? Non, tant que la fonction n’est pas déployée dans l’Espace économique européen. Dans un an ? La question ne sera plus technique mais réglementaire, parce que cette exclusion ressemble à une décision de conformité, pas à une limite d’ingénierie. La règle, elle, n’a attendu personne pour devenir mondiale.

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — le fait se vérifie en deux clics dans l’archive de Google : entre la version du 12 octobre et celle du 16, la phrase « pas d’annonces personnalisées en fonction de vos contenus sur Drive, Gmail ou Photos » a gagné un « sauf si », et le passage publicitaire s’est enrichi de trois ajouts qui vont dans le même sens — l’autorisation d’accéder aux données d’un autre service, l’exemple « y compris les annonces », et les « contenus personnalisés sur les services Google » comme base de ciblage. La même version fait entrer le mot « Intelligence personnalisée » dans le texte, avec un exemple qui transforme un mail de réservation en contexte de recherche. Ce qui est utile au créateur n’est pas l’alerte mais la mécanique : une donnée confiée pour une raison — retrouver un fichier, faire chercher une réponse dans ses mails — peut changer d’usage, et la seule trace est une clause dans une page que personne ne relit. La réserve est triple. L’exclusion de l’Espace économique européen est rapportée par deux rédactions et nous ne l’avons pas lue chez Google ; la règle s’applique déjà en France quand le service, lui, n’y est pas ; et Google répond que les annonces ne seront pas fondées « directly » sur la boîte de réception — un mot qui n’existe pas dans la politique. Ce n’est pas un répit, c’est un délai dont personne n’a annoncé la durée.

Sources