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DeepSeek : un tour d’environ 100 milliards de yuans, 90 jours après un ordre américain qui écarte ses produits et services des marchés et des systèmes civils fédéraux

Publié le 24 octobre 2026
Note Buzz : 7/10SassyNow : Utile avec réserve
Deux personnes en uniforme et une femme en tailleur, devant une bannière au sceau du département de la Sécurité intérieure des États-Unis
Photo d’illustration — Petty Officer 2nd Class Paul Roszkowski · domaine public · source

Le fait : selon Reuters, DeepSeek a engrangé environ 100 milliards de yuans, soit 14,98 milliards de dollars, sur une valorisation de 500 milliards de yuans avant apport — environ 75 milliards de dollars au taux de change donné par la dépêche. Le même mois, le département de la Sécurité intérieure américain publiait un avis excluant ses produits des achats et des systèmes informatiques civils fédéraux — mais l’ordre lui-même, signé par son secrétaire, porte la date du 24 juillet 2026.

Deux phrases circulent sur ce dossier, et aucune ne le résume. La première : DeepSeek aurait levé 15 milliards de dollars. Reuters écrit plus précisément « is wrapping up its latest funding round, having generated about 100 billion yuan ($14.98 billion) ». Le tour n’est pas clos : il doit être « complete in the coming days », et « financial details and the investor lineup are not ironclad and could still change ». La seconde phrase : deux jours après les restrictions américaines. Elle est fausse, et c’est le document lui-même qui la corrige : l’ordre date du 24 juillet 2026, la dépêche du 22 octobre. Ce que les deux phrases oublient, c’est le prix. La dépêche le donne : « The fundraising values DeepSeek at 500 billion yuan before new capital is injected ». Elle donne aussi son taux de change, 6,6749 yuans pour un dollar. 500 divisés par 6,6749 font 74,9. Environ 75 milliards de dollars, donc — et cette division est la nôtre, aucune des reprises ne la fait.

La liste des investisseurs ressemble à une contradiction entre agences. Ce n’en est pas une : la dépêche de Reuters, elle, donne les deux populations. Bloomberg a parlé le premier, jeudi, d’un tour de 15 milliards avec CATL et Tencent comme principaux soutiens. L’édition BusinessWorld de la dépêche nomme dix investisseurs — et précise qu’ils sont plus de quinze — en séparant deux populations. La dépêche dit d’abord l’argent venu « from existing and new investors », puis sépare les deux. Les plus gros d’abord : « Battery maker Contemporary Amperex Technology (CATL) and WeChat operator Tencent Holdings were among the biggest investors in the round ». L’édition Tribune de la même dépêche, elle, précise qu’ils étaient déjà actionnaires. Les entrants sont ailleurs, et ce sont eux qui racontent le tour : « Home appliances maker Midea, food delivery giant Meituan, automaker Geely and semiconductor maker GigaDevice became new DeepSeek investors in this round ». La dépêche cite aussi Boyu Capital, CPE et Legend Capital, et IDG Capital, déjà actionnaire — sans dire lesquels sont entrés cette fois. « The total number of investors in the funding round exceeded 15 », dit une des sources. De l’électroménager, de la livraison de repas, de l’automobile, du semi-conducteur : ce n’est pas seulement du capital-risque, c’est aussi de l’industrie.

Le chiffre qui mesure vraiment l’appétit n’est pas le montant final, c’est l’écart avec le plan. « DeepSeek will have doubled its original fundraising target of 50 billion yuan », écrit Reuters. Bloomberg, cité par The Daily Star, donne la séquence : de 50 à 80 milliards de yuans, puis 100. Reuters en tire la lecture que « strong interest from investors – many backed by the state and big corporations » accompagne l’objectif chinois de prendre l’avantage dans la course à l’IA. Doubler son objectif en cours de négociation ne dit rien, en revanche, de ce que l’argent achètera.

Venons-en au document, parce que la formule restrictions américaines ne dit ni qui, ni quoi, ni quand. Il est public, et il corrige la chronologie. L’ordre s’appelle « Exclusion and Removal Order #2026-01 », il est signé par Markwayne Mullin, secrétaire à la Sécurité intérieure, et il porte une date que les reprises de presse de ce dossier ne citent pas : « Original Release Date: July 24, 2026 ». Sa notice, elle, a été publiée au Federal Register le 20 octobre 2026 — document FR Doc. 2026-21447, 91 FR 66346, dossier DHS-2026-0628, mis en inspection publique le 19 à 8 h 45. La portée, ensuite : l’ordre vise les « Federal Civilian Executive Branch Agencies except for their national security systems and secure compartmented information systems » — les systèmes de sécurité nationale et les systèmes compartimentés en sont exclus. Fondement : le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018, 41 U.S.C. 1321-1328. La notice résume l’ordre en deux points. Un : « excluding information technology products and services developed by Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence Co., Ltd (DeepSeek), to include affiliated entities as defined in applicable regulations, from federal civilian agency procurements ». Deux : « removing all DeepSeek and DeepSeek-affiliate products, and third-party products and services developed using DeepSeek implementations, from civilian agency information technology ». La seconde moitié est celle des produits de tiers : elle ne vise pas seulement les outils de DeepSeek, mais aussi ceux d’un tiers construits sur ses implémentations. Entre l’ordre et le tour, il n’y a donc pas deux jours mais quatre-vingt-dix : du 24 juillet au 22 octobre. La formule deux jours venait d’une confusion entre la date de l’ordre et celle de sa publication.

Le mot résilience mérite d’être mis à l’épreuve, parce qu’il est incomplet dans les deux sens. D’un côté, l’ordre américain ne touche que les achats et les systèmes civils fédéraux des États-Unis : il ne dit rien des ventes de DeepSeek ailleurs, et aucune source de ce dossier ne chiffre ce qu’il lui coûte. De l’autre, l’échelle. Bloomberg, cité par The Daily Star, rappelle qu’OpenAI et Anthropic « have each raised more than $100 billion ». Le tour de DeepSeek vaut 14,98 milliards de dollars ; sa valorisation, environ 75. Rapportée aux 1 250 milliards de dollars qu’OpenAI demande au même moment — chiffre donné par Livemint —, cela fait environ 6 % de cette valorisation, encore un calcul qui est le nôtre. Résilience, oui : l’argent est venu. Sur son origine, la dépêche ne dit qu’une chose, et elle porte sur les investisseurs, pas sur le montant : « many backed by the state and big corporations ». Rattrapage, non : ce n’est pas le même ordre de grandeur, et aucune des sources de ce dossier ne prétend le contraire.

Les réserves, maintenant, et elles comptent. Le tour n’est pas clos et sa liste d’investisseurs peut encore changer — Reuters écrit les deux. L’essentiel repose sur des personnes non nommées : « four people with knowledge of the matter », « two of the people », « three of the sources », et « who all declined to be named as the information was confidential ». Dans l’édition Tribune, un analyste est cité nommément, et il est positif : Lian Jye Su, analyste en chef du cabinet Omdia, juge la valorisation encourageante et y lit la confiance des investisseurs dans la stratégie open source de DeepSeek. Les réponses sont explicites : « DeepSeek, CATL and Tencent could not be immediately reached for comment » — et, dans l’édition Tribune de la même dépêche, « Geely declined to comment ». Les autres n’ont pas répondu dans l’immédiat. Enfin la cotation : la dépêche rappelle que Reuters a rapporté en septembre que l’entreprise « had hired CITIC Securities to prepare for a potential STAR Market initial public offering ». Un conseil mandaté n’est pas un dépôt de dossier, et cet article ne le présente pas comme tel.

Notre lecture : l’exclusion américaine et le tour chinois ne s’annulent pas, ils se répondent dans deux monnaies différentes. Les États-Unis ferment un marché public, fédéral et civil ; la Chine ouvre un tour à plus de quinze, avec de l’électroménager, de la livraison et de l’automobile dedans. Le premier geste est réglementaire et étroit ; le second est industriel et domestique. Voilà le fait à retenir, et il n’a pas besoin du mot sanction. Le test du retour à la moyenne, maintenant : dans six mois, ni l’exclusion ni le montant ne compteront. Ce qui comptera, c’est ce que ces 14,98 milliards auront produit. Les sources disent à quoi ils doivent servir : le tour donnerait à DeepSeek « additional resources to compete with leading US AI companies », et China Daily écrit que le tour renforcerait son « ability to compete with US rivals ». Ce qu’aucune ne dit, c’est ce que l’argent achète concrètement. Sur la production, le dossier n’est pas vide, il est mince. China Daily, citant The Information, donne fin septembre un rythme annuel de revenus d’un milliard de dollars — plus du double de quelques mois plus tôt — et rapporte que la hausse des prix n’a pas fait fuir les clients. Sur les modèles, en revanche, la seule mesure disponible est une annonce : DeepSeek a publié DeepSeek-V4.1-Flash le mois dernier et dit y viser « greater capability, faster inference, higher throughput » — une annonce, pas une mesure.

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — le tour est réel et documenté par Reuters, la valorisation de 500 milliards de yuans avant apport donne enfin un ordre de grandeur, et l’exclusion américaine est adossée à un ordre du département de la Sécurité intérieure daté du 24 juillet 2026, dont la notice a été publiée au Federal Register le 20 octobre. Mais le tour n’est pas clos, l’essentiel repose sur des sources anonymes, et résilience ne veut pas dire rattrapage : environ 6 % de ce qu’OpenAI demande au même moment.

Sources