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Le décret du 29 septembre renomme l’intelligence artificielle en « Super Intelligence » — sans la redéfinir

Publié le 5 octobre 2026
Note Buzz : 6/10SassyNow : Utile avec réserve
Une personne signe un texte à son bureau, entourée de responsables debout derrière elle, dans une pièce officielle
Photo d’illustration — Maison-Blanche · domaine public · source

Le fait : le 29 septembre 2026, Donald Trump a signé un décret — le 14434 — qui remplace « Artificial Intelligence » et « AI » par « Super Intelligence » et « SI » dans l’appareil fédéral américain. Son paragraphe 3 définit le nouveau terme comme « the technologies and systems encompassed by the term "artificial intelligence" as defined in section 9401(3) of title 15, United States Code ». Un mot neuf, donc, et la définition qui existait déjà. Cinq jours plus tard, le 4 octobre, Trump a annoncé une « Super Intelligence Force » présidée par le directeur du renseignement national Jay Clayton.

Ce que le décret ordonne, mot pour mot. Le paragraphe 1 pose le principe, avec ses limites écrites dans la phrase elle-même : « to the maximum extent permitted by law, the executive branch shall use the terms "Super Intelligence" and "SI" in place of "Artificial Intelligence" and "AI" and will not acknowledge the usage of "Artificial Intelligence" and "AI" in any applicable setting. » Le paragraphe 2 en donne la portée — correspondance officielle, communications publiques, sites web, rapports, documents de politique et autres documents non législatifs de l’exécutif — puis pose aussitôt une réserve : « Nothing in this section requires the alteration of previously issued regulations, Presidential actions, contracts, grants, or other historical documents. » Le décret ne réécrit donc rien de ce qui est déjà publié. Il change ce que l’administration écrira à partir de maintenant. À noter, la fiche que la Maison-Blanche a publiée le jour même pour le résumer omet deux éléments de cette liste : les sites web et les rapports n’y figurent pas.

La définition, et le texte de loi qu’elle déclenche. Le paragraphe 3 est le plus inhabituel. Il ne définit pas un concept nouveau : « Super Intelligence » et « SI » désignent « the technologies and systems encompassed by the term "artificial intelligence" as defined in section 9401(3) of title 15, United States Code ». Le mot change, la chose est désignée par le texte de loi qui existait déjà. Le même paragraphe fixe un délai : sous 60 jours, l’assistant du président pour la science et la technologie remet au président un projet de texte législatif — pas une définition administrative. La commande est explicite : évaluer si cette définition doit « modify, expand upon, or otherwise supersede the existing statutory definition of "artificial intelligence" », proposer les modifications de cohérence des renvois législatifs existants, et recommander les actes complémentaires nécessaires. Autrement dit : l’exécutif renomme, et fait préparer en parallèle un projet de loi — qu’il remet au président, pas au Congrès. Si le décompte part du 29 septembre, ce projet est dû le 28 novembre 2026 : un calcul de notre fait, le décret ne donnant que son délai.

Le groupe, cinq jours plus tard. L’annonce du 4 octobre vient d’un message de Trump sur Truth Social, cité mot pour mot par TechCrunch : « The Super Intelligence Force is tasked with coordinating the effort of the Federal Government to ensure that America continues to lead the World in Super Intelligence, which many say is bigger than the Industrial Revolution, and the Internet, and will protect the interests, and improve the lives, of all Americans ». Ce n’est pas une agence nouvelle : c’est un groupe de travail de la Maison-Blanche, qui rend compte à Trump et à sa cheffe de cabinet Susie Wiles — précision que le président donne lui-même dans son message, selon CNN. Son périmètre, selon Xinhua, couvre les consommateurs, les groupements d’intérêt public, les organisations religieuses, les fournisseurs d’infrastructures critiques et les entreprises d’IA. Le Wall Street Journal, cité par TechCrunch et bdnews24, en donne la composition : Clayton préside ; les vice-présidents sont le président de la FTC Andrew Ferguson, Emil Michael et le directeur de l’Office of Personnel Management Scott Kupor. Parmi les membres figurent le vice-président JD Vance, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et Susie Wiles ; parmi les conseillers extérieurs, David Sacks et l’ancienne secrétaire d’État Condoleezza Rice. Aucune source ne décrit ce groupe comme le chargé d’application du décret : son mandat est la coordination, et son nom est le seul lien explicite entre les deux textes. En revanche, le message vaut confirmation : la nomination de Clayton, que notre article du 4 octobre rapportait encore comme non confirmée, vient cette fois du président lui-même.

La charte dit l’inverse de ce qu’on attend d’un régulateur. Le rapport est dû sous 120 jours, sur les risques et les opportunités de l’IA. Mais la phrase qui compte est celle du mandat, telle que TechCrunch la cite, d’après le WSJ : « develop plans for responding to SI-enabled threats to our society, while preventing overregulation and regulatory capture that would stifle innovation and competition. » L’AFP en tire la même lecture que le texte : la priorité du groupe est la coordination, non la réglementation.

Ce qu’il faut mettre en face. Quatre choses. La première, ce sont les propres réserves du décret : son paragraphe 4 dispose que rien ne doit porter atteinte à « the authority granted by law to an executive department or agency, or the head thereof », et qu’il ne crée aucun droit opposable devant un tribunal. La deuxième, c’est que ce texte ne peut pas s’écrire sans le mot qu’il proscrit : dans le seul corps du décret — sans les trois titres d’articles listés sous la rubrique Related, en bas de page — « artificial intelligence », avec ou sans majuscules, apparaît neuf fois : cinq dans le paragraphe 1, qui nomme ce qu’il remplace, une dans le paragraphe 2, et trois dans le paragraphe 3, qui s’y réfère pour définir le nouveau terme. La troisième, c’est ce qui n’est pas établi : nous n’avons trouvé aucune publication sur la Force elle-même sur le site de la Maison-Blanche, après avoir cherché dans l’index des actes présidentiels, dans celui des fiches et sur la page du décret. Tout ce que nous savons de la Force vient donc d’un message et de reprises de presse. La quatrième, ce sont trois divergences que nous ne tranchons pas. Sur la composition, CNN écrit que Clayton, Ferguson, Michael et Kupor dirigent le groupe, quand le WSJ en fait un président et trois vice-présidents. Sur la date, le Boston Globe écrit que Clayton a été confirmé en juillet comme directeur du renseignement national, quand bdnews24 le dit nommé en août. Sur les titres, Emil Michael est « Undersecretary of War for Research and Engineering » chez TechCrunch, contre « Under Secretary of Defense for Research and Engineering » chez CNN.

Notre lecture. Le sujet n’est pas la nomination, c’est le vocabulaire — et le décret dit lui-même à quel point. Ce qu’il ajoute à ce que nous rapportions la veille, et qui ne mentionnait pas le décret, est plus fort que la création d’un groupe : un mot neuf, une définition qui renvoie à la loi existante, et un projet de loi demandé à la branche qui vient de renommer. La question qui restera ouverte dans six mois n’est donc pas de savoir si Washington régule l’IA, mais comment un État écrit des règles sur une technologie qu’il s’interdit de nommer — en gardant le mot interdit dans la phrase qui l’interdit.

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — le fait est daté, signé, numéroté, et lisible dans le décret lui-même, pas dans un communiqué qui le résume. Ce qu’il change n’est pas un pouvoir, c’est un mot : l’exécutif fédéral doit écrire « Super Intelligence » et ne plus reconnaître « Artificial Intelligence », tout en définissant le premier par la définition légale du second. La réserve est double. D’une part, le décret s’arrête là où commence la loi : il ne touche ni aux règlements déjà publiés, ni aux contrats, ni aux subventions, et il demande un projet de texte plutôt qu’une décision. D’autre part, le groupe de coordination n’est pas un régulateur : sa charte cite comme objectif de « preventing overregulation and regulatory capture », et un rapport de 120 jours ne vaut pas un pouvoir. Pour un créateur, l’effet pratique est nul à court terme. L’effet de vocabulaire, lui, commence tout de suite — et c’est ce qui se vérifiera dans six mois.

Sources