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Coral Hart, 371 titres en 20 mois — et la méthode qu’elle vend désormais aux autres auteurs

Publié le 24 octobre 2026
Note Buzz : 7/10SassyNow : Utile avec réserve
Intérieur de la bibliothèque centrale du Cap : des galeries à balustrade sur plusieurs niveaux, garnies de rayonnages de livres, autour d’un vide central où montent des escaliers ; un panneau indique « LEVEL 2 »
Photo d’illustration — Derek J Moore · CC BY 4.0 · source

Le fait : Coral Hart, pseudonyme d’une autrice sud-africaine, a publié plus de 370 livres depuis février 2025 en s’aidant de ChatGPT, de Claude et d’autres modèles, selon l’AFP. Elle dirige désormais une activité de formation pour d’autres auteurs, et prépare un logiciel, Authorythm.

Le compteur, d’abord, parce que c’est lui qu’on retient et qu’il ne dit pas ce qu’on croit. L’AFP écrit « more than 370 books since February 2025 » en ouverture, puis « the vast majority of her 371 titles » un peu plus loin : la même dépêche donne les deux, et le mot qu’elle emploie est titres — « many of them romance ». franceinfo, qui reprend la dépêche, va dans le même sens en parlant de « des centaines d’histoires d’amour qu’elle autoédite ». L’un de ses romans est entré dans le top 100 d’Amazon. Ces chiffres viennent d’elle, et franceinfo note : « Difficile de vérifier, car elle utilise des dizaines de pseudonymes ». L’AFP compte de son côté « more than 10 other pen names ». Les ventes suivent le même régime. L’édition anglophone annonce « She has sold more than one million books, by her own estimate, in digital, print and audio formats, earning more than US$1 million (S$1.28 million) so far in 2026 » : plus d’un million de dollars, sur l’année en cours, et selon ses propres dires. franceinfo parle, lui, d’« un revenu à six chiffres ». Six chiffres et plus d’un million ne sont pas le même ordre de grandeur, et cet article ne tranche pas : il retient que ce revenu n’a d’autre source qu’elle.

La chaîne réelle, ensuite, parce que la prouesse se raconte mal. Elle ne demande pas un livre à un modèle : elle pose « the story concept, style, character details and chapter outlines », et le système produit un premier jet. Ce jet est mauvais — « The first draft is generally poor » —, il repasse par l’IA pour les retouches de structure et de continuité, puis « A human proofreader then removes any "AI tells that have slipped through" and does some rewriting ». ChatGPT est « really good at dialogue, terrible at prose », Claude tient la structure, et Grok est jugé « completely unhinged ». Ces deux éditions de la même dépêche ne disent d’ailleurs pas la même quantité : celle de Singapour ajoute deux jugements sur le contenu sexuel — Claude « terrible at sex drives », Grok bon sur les « spicy scenes » — que celle du Koweït a retirés. Cet article, lui, cite les deux éditions, et signale l’écart quand il le trouve. franceinfo, de son côté, attribue à Claude « incroyable pour la prose ». Le raccourci qu’elle refuse, lui, est net : « If you say, ChatGPT, write me a book, or, Claude, write me a book, you’re going to get a flaming dumpster fire of trash back because it doesn’t have anything (to work with) ». Ce qui précède l’IA, c’est un métier — quatorze ans dans l’édition et « several dozen books » écrits sans elle —, et ce qui rend la suite possible, c’est un cadre de travail mis au point en « three months » selon l’AFP. franceinfo, en français, écrit qu’elle a « mis trois ans à se familiariser avec les outils ». Cet article ne tranche pas cette divergence-là non plus.

Ce qu’elle vend, maintenant, et c’est là que le sujet s’élargit. L’AFP décrit une opération qui a « trained several hundred people in her method », et un logiciel en préparation, « software for AI authors called Authorythm ». franceinfo rapporte de son côté qu’elle « se félicite d’avoir formé 1 600 écrivains », et nomme l’activité : « Une méthode qu’elle vend désormais en tant que chef d’entreprise d’une PME de coaching pour les auteurs ». Africanews prête à Hart le fonctionnement de l’outil, dans ses mots : « il peut générer jusqu’à cinq livres d’un seul coup », pour obtenir, dit-elle, ce que la source formule en ces termes : « Vous bénéficiez ainsi d’une cohésion et d’une cohérence au sein de la série ». Elle publie donc des livres, sous plus de dix pseudonymes, et elle vend en plus la méthode qui les produit. La déclaration, elle, est un choix et non un oubli. L’AFP écrit que Hart « discloses her use of AI only when a sales platform requires it », et franceinfo qu’elle « évite pourtant de mettre un "label IA" sur ses ouvrages qu’elle autoédite », avec la raison qu’elle donne : « Aujourd’hui, si je le dis, on va me haïr, ajouter mon nom à une liste et me menacer ». Ce n’est pas une crainte abstraite : elle dit avoir reçu « tens of thousands » de messages haineux et « several death threats ». La fiche de veille concluait que le sujet avait peu de portée pour la plupart des créateurs. C’est l’inverse : ce qui est reproductible pour un créateur, dans cette histoire, c’est la chaîne — pas les 371.

Le miroir était dans la dépêche, et c’est elle qui l’a posé. L’AFP place l’entretien dans l’affaire Thélyson Orélien, et Coral Hart la cite : « If you need an AI label to hate something, do you hate it, or do you hate AI? » Les faits de cette affaire sont publics, et datés : le retrait a été annoncé le vendredi 25 septembre 2026, près d’un mois avant la dépêche. L’Académie Goncourt « a annoncé vendredi qu’elle retirait le roman de l’auteur canado-haïtien Thélyson Orélien de sa sélection », et la RTBF donne le motif complet — « en raison des accusations de plagiats et d’utilisation de l’intelligence artificielle le visant » : deux motifs, pas un. Le roman s’appelle « C’était ça ou mourir » et paraît chez Grasset ; le prix est décerné le 4 novembre. Du côté de l’IA, l’accusation vient d’un compte anonyme : l’auteur a été « mis en cause lundi sur le réseau social X par le compte anonyme » Balance ton Claude, dont l’un des administrateurs s’est révélé être l’essayiste et chroniqueur du Figaro Samuel Fitoussi. La pièce est un détecteur, et il faut dire comment elle a été produite : l’accusateur a affirmé que le livre avait été « presque intégralement » écrit par une IA, « après en avoir fait analyser des extraits par le logiciel états-unien Pangram », et, selon Africanews, des tests ont indiqué « une probabilité de 100 % qu’il contienne du texte généré par ordinateur ». Le plagiat, lui, est venu après : « The AI accusations were followed by reports that Orelien had committed plagiarism », avec des « plagiarized passages from a book by French author Louis Pauwels » et un texte « copied from The Philippine Star newspaper ». Ce sont des textes anciens, et CNN le précise : « a 2012 short story » et « a 2013 opinion piece », que la RTBF date à « plus de dix ans ». La réserve doit rester collée au chiffre du détecteur : « Some experts say the reliability of AI detection tools is questionable. » Et parce qu’on ne tranche pas ici, la version d’Orélien doit être portée aussi, telle que les sources la donnent : la RTBF écrit qu’il « a dénoncé jeudi auprès de l’AFP » une volonté de le faire taire ; CNN, le lendemain du retrait, écrit qu’il nie l’IA mais qu’il « has yet to respond to those accusations » — celles de plagiat ; et Africanews, fin octobre, qu’il « a nié les allégations ». Un fait, enfin, manquait à la fiche : le 21 octobre, son éditeur canadien Boreal « a déclaré mercredi avoir confirmé qu’il avait utilisé l’intelligence artificielle » pour des recherches historiques, et a annoncé qu’il « mettait fin à sa relation professionnelle » avec lui. La méthode compte, parce qu’elle répond à la question de la preuve : l’éditeur indique avoir « rassemblé toutes les versions de travail du roman » et avoir « fait appel à un tiers pour analyser les différents brouillons », après avoir, la semaine précédente, « déclaré qu’il soutenait l’écrivain ».

Deux auteurs, un mois d’écart, et le même mot employé dans deux sens. Hart parle de son usage de l’IA — elle ne la déclare que si une plateforme l’exige — puis s’en sert pour répondre à ses critiques ; Orélien a vu son éditeur confirmer cet usage et rompre, sur fond d’accusations de plagiat et sur un signal de détecteur que des experts contestent. Notre lecture : le chiffre à retenir n’est pas 371, c’est le nombre de personnes formées et le nom du logiciel. Un créateur qui lit cette histoire n’apprend rien du compteur ; il apprend qu’une chaîne tient debout avec trois choses — un cadre de travail qu’elle a construit, un relecteur humain qui retire les traces, et une série pensée pour un lectorat identifié. Les sources décrivent ces trois éléments, et ce sont eux — pas le compteur — qui se reproduisent. Le test du retour à la moyenne : dans six mois, le compteur aura bougé et n’en dira pas plus qu’aujourd’hui. Ce qui restera ouvert, c’est la question que l’affaire Orélien a rendue concrète — qui déclare l’IA, quand, et sur quelle preuve. Et le dossier ne répond pas comme on l’attendait : le retrait du Goncourt, le 25 septembre, s’appuyait sur un signal de détecteur et sur des accusations de plagiat ; la confirmation est venue un mois plus tard, et elle laisse l’étendue ouverte. L’éditeur écrit que « De nouvelles informations, confirmées ces derniers jours, indiquent que l’intelligence artificielle a été utilisée dans le processus d’écriture », puis précise ne pas connaître l’étendue de cette utilisation, « et nous n’aurons probablement jamais de réponse définitive ». C’est là que le sujet des créateurs commence : non dans une comptabilité de titres, mais dans une chaîne de responsabilité où la preuve elle-même reste ouverte.

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — l’affaire Orélien est documentée, datée, et donne son relief au dossier ; la chaîne de production décrite par les sources est reproductible, et c’est elle qui intéresse un créateur. Mais les chiffres qui font le titre sont ceux que Hart avance elle-même, et le papier de franceinfo ne recoupe ni son revenu, ni sa durée de mise au point, ni son nombre d’auteurs formés : ces trois chiffres n’entrent ici que sous le nom de leur source, et cet article ne choisit pas entre les deux versions.

Sources