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Character.AI dépose le bilan : Disney enchérisseur de référence à 20 M$, et 40 procureurs généraux sur les données

Le fait : le 12 octobre 2026, Character.ai a annoncé sur son blog avoir « initiated a voluntary Chapter 11 bankruptcy process to facilitate a court-supervised sale of the company ». Le dépôt, fait auprès du tribunal des faillites du Delaware, liste un passif estimé entre 50 et 100 millions de dollars. Disney, lui, est l’enchérisseur de référence — un « stalking horse bidder » — d’un accord de 20 millions de dollars conclu avant le dépôt, et dont l’objet dépend de la source qu’on lit : une licence de propriété intellectuelle pour CNBC et PYMNTS, des actifs non divulgués pour The Verge, la licence venant alors en plus. Le même dépôt reconnaît la cause : « These high costs, coupled with potential litigation related liabilities and regulatory engagement have contributed to the Debtor’s inability to generate sufficient cash flows to support its business in the present form ». Deux jours plus tard, la procureure générale de New York, Letitia James, révélait une enquête pluriannuelle de plusieurs États et, avec 39 autres procureurs généraux, demandait au juge des garanties sur les données vendues : « This company collected some of the most private thoughts children have ever shared, and now those conversations could be sold off to the highest bidder ».
Ce que le dépôt dit de lui-même, et ce qu’il ne dit pas. Character.ai, fondée par deux ingénieurs de Google et devenue l’une des premières plateformes de compagnons IA — The Verge la situe comme « one of the first breakout startups of the generative AI boom » — a donc choisi la procédure collective, et le motif est donné par le communiqué, repris tel quel sur son blog : « Over the past year, we’ve taken meaningful steps to sustain and improve our business amid significant legal, regulatory, and operational headwinds. » Cette phrase n’est pas une citation des pièces judiciaires, et la distinction compte : The Verge l’attribue à « a press release and blog post published Monday ». Les documents déposés au tribunal portent une autre formulation, que CNBC reproduit : « In its 4-year lifespan as an active platform, Character has amassed a large and engaged user base. The burgeoning and evolving field of AI entertainment, however, has proven to be costly to develop and grow ». Les poursuites, elles, ne sont pas une abstraction : le Kentucky a attaqué l’entreprise en janvier, lui reprochant d’avoir « preyed on children and led them into self-harm ». Le calendrier est public, et l’issue ne l’est pas : le blog écrit que la procédure « will be complete by the end of November or perhaps early December 2026 », et la même page prévient que l’issue n’est pas garantie — « If such a bid is unavailable, however, the platform will be wound down. » L’objet mis en vente est large, puisque l’entreprise décrit « a court-supervised sale of all or substantially all of our assets ». Ce n’est donc pas une restructuration qui garde la plateforme : c’est une vente aux enchères dont le produit peut disparaître.
Le prix de la chute se lit en deux chiffres, et les sources ne s’accordent pas sur ce que les 20 millions achètent. The Verge écrit que « Disney would pay $20 million for certain undisclosed assets, and provide transition support "using former Company employees it has hired." », et ajoute que Disney recevrait en outre « a nonexclusive license to unspecified intellectual property ». CNBC et PYMNTS racontent autre chose : chez eux, l’accord de 20 millions porte sur la licence elle-même — CNBC écrit « stalking horse bidder to license some of the company’s intellectual property for $20 million », et PYMNTS parle d’une « non-exclusive perpetual license » sur « certain Character AI intellectual property ». Les trois pages décrivent le même accord, mais elles ne répartissent pas le prix de la même façon, et rien dans ce que nous avons lu ne permet de trancher. En face, l’équipe de la même société avait valu autre chose deux ans plus tôt : « Character.AI has survived it once already — Google spent over $2 billion to hire away much of the company’s talent, including co-founders Noam Shazeer and Daniel De Freitas, in 2024. » Le montant exact dépend là aussi de qui l’écrit — PYMNTS parle d’un « $2.7 billion licensing deal », là où The Verge écrit « over $2 billion » — mais les deux sources s’accordent sur l’ordre de grandeur, et aucune ne parle de millions. La mécanique porte un nom que The Verge emploie sans détour : « The move resembles a kind of "acquihire" strategy that has become increasingly common in Silicon Valley as a means of hoovering up startups’ talent that sometimes leaves the original company struggling to survive. » Une précision de calendrier complète le tableau : CNBC note que Shazeer, parti chez Google en 2024, l’a quitté en juin pour rejoindre OpenAI.
Disney était l’adversaire ; il en devient l’acheteur. La même entreprise qui propose aujourd’hui de reprendre les actifs avait envoyé une mise en demeure, et PYMNTS rappelle la scène : « However, the entertainment giant last year sent a cease-and-desist letter to Character AI, which then removed the Disney bots. » Les bots en question n’étaient pas anodins — « For a time, these included characters from Disney cartoons and the Disney-owned Star Wars and Marvel universes. » The Verge rapporte le grief dans ses propres mots : « Disney has previously complained that Character was damaging its brand and exploiting its intellectual property by allowing unauthorized chatbots of its characters, including sending cease and desist letters. » Le rapprochement ne date pas de la faillite : « Disney’s involvement comes shortly after the entertainment behemoth hired Character.AI’s former CEO Karandeep Anand as chief technology officer, part of its growing push into AI. » Et Disney n’a pas caché qu’il prenait aussi des équipes — « a number of Character.AI’s technical team » —, tandis que The Verge note qu’Anand a dirigé Character « just over a year » et l’a emmenée vers les microdrames. La société qui menaçait de poursuites est donc celle qui reprend les actifs, la licence et une partie des gens.
Ce que 40 procureurs généraux demandent au juge, et c’est la moitié du dossier que la nouvelle du dépôt a laissée de côté. Le 14 octobre, la procureure générale de New York a rendu publique une enquête de plusieurs États, engagée de longue date : « James is among 40 bipartisan AGs who filed a notice of interest in Character.AI’s bankruptcy case "to put all parties on notice of the regulatory issues that will need to be addressed in any sale or transfer of the Debtor’s business or assets." » Pourquoi s’adresser au juge plutôt qu’à l’entreprise, la page le dit en une phrase : « The states were working to address these issues with Character.AI, but didn’t reach an agreement before the company filed for bankruptcy. » Leur inquiétude tient à la nature de ce qui change de mains, qu’ils décrivent ainsi : « highly sensitive nature of the conversations many users have with Character.AI chatbot characters, the large number of minors who use the product, the serious risks posed by specific features of the product ». La chronologie de l’enquête donne le contexte que le chapitre 11 interrompt : « The states say they opened a probe into consumer protection and privacy concerns in 2024, following a lawsuit from the mother of a 14-year-old who died by suicide allegedly "seconds" after talking with the chatbot. » Plusieurs États étaient en pleine instruction quand l’entreprise a déposé, et le communiqué du parquet de New York liste ce que les investigations ont trouvé — « exceptionally serious dangers and potentially unlawful conduct from Character.AI, particularly its treatment of children, including chatbots posing as licensed professionals, exposure to sexual and violent content, weak age checks, misleading safety claims, and potential violations of state privacy laws ». Les demandes faites au juge sont concrètes : des systèmes de vérification d’âge, des restrictions sur l’usage par les mineurs, des « Crisis safeguards », et la possibilité pour un utilisateur de supprimer ses données. La phrase de Letitia James mérite d’être citée en entier : « This company collected some of the most private thoughts children have ever shared, and now those conversations could be sold off to the highest bidder ». Et la suivante, dans la même déclaration : « I am fighting to make sure any buyer puts children’s safety first and puts real protections in place. » Ni Character.AI ni Disney n’avaient répondu aux questions de The Verge au moment de la publication.
Notre lecture : le dossier ne se joue pas sur la survie d’un chatbot, il se joue sur ce qu’un chat intime devient quand son hébergeur dépose le bilan. Pour un créateur, la leçon est concrète et elle vaut au-delà de Character : les personnages créés par les utilisateurs, les conversations qui les accompagnent et les données qui les décrivent sont dans le périmètre d’une procédure collective, donc susceptibles d’être transférés à un acheteur sans que l’utilisateur ait son mot à dire — et cette vente n’est pas un accident isolé, puisque PYMNTS rappelle que « News of the bankruptcy follows reports from last year that Character AI was considering a potential sale or another round of funding. » Le blog répond à la question des données dans sa propre FAQ, et la réponse est rassurante sur la forme : « Your information continues to be protected under our Privacy Policy » et « our data privacy and security practices are unchanged », avec deux engagements utiles — « you can delete your account or export your data through the app or the Character.ai website », et, sur les fonctions payantes, « If the service changes in a way that affects paid features, we intend to notify subscribers in advance. » Mais c’est ce même billet qui dit que la plateforme « will be wound down » si aucune offre ne convient, et c’est le tribunal, pas l’entreprise, qui décidera de ce que l’acheteur reprend. Le test du retour à la moyenne tient donc en une question, et elle ne porte pas sur le prix : un modèle où les utilisateurs confient leurs pensées les plus privées à une société qui peut ensuite les vendre aux enchères a besoin d’une règle, pas d’une clause de confidentialité. Quarante procureurs généraux viennent de le dire à un juge. Ce que nous n’avons pas pu trancher, et il faut le dire : la date de l’annonce, d’abord — le billet de blog est daté du 12 octobre et CNBC date le dépôt du lundi, mais The Verge et PYMNTS portent les deux dates à la fois, The Verge écrivant « published Monday » dans son article du 13 octobre puis « announced Tuesday » dans celui du 14, et PYMNTS écrivant « announced Tuesday (Oct. 13) » avant de citer « a Monday (Oct. 12) news release » ; le désaccord est donc interne à ces deux pages, et il recouvre deux événements distincts, le dépôt et son annonce. Ensuite, ce que la licence concédée à Disney couvre réellement : The Verge la décrit comme portant sur une propriété intellectuelle « unspecified », PYMNTS comme une « non-exclusive perpetual license » sur « certain Character AI intellectual property ». Le communiqué de presse diffusé par Businesswire répond 403 à nos requêtes : son texte n’a donc pas été lu ici, et nous nous appuyons sur le billet de blog de l’entreprise, qui en reprend les termes.
Verdict SassyNow
Utile — l’un des premiers succès de l’IA générative dépose le chapitre 11 et le tribunal du Delaware ouvre une vente aux enchères où Disney est enchérisseur de référence sur un accord de 20 millions de dollars, deux ans après que Google a payé plus de deux milliards pour en récupérer les fondateurs. Le document qui compte est le dépôt lui-même, et il nomme sa propre cause — « potential litigation related liabilities and regulatory engagement have contributed to the Debtor’s inability to generate sufficient cash flows to support its business in the present form » — pendant que 40 procureurs généraux d’État demandent au juge que les conversations des utilisateurs, dont celles de mineurs, ne soient pas transférées avec le reste : « those conversations could be sold off to the highest bidder ». Ce que la plateforme promet à ses utilisateurs est écrit dans sa FAQ — données protégées, abonnements actifs, possibilité de supprimer son compte — et c’est ce même billet qui dit que la plateforme « will be wound down » si aucune offre ne convient. L’écart entre 20 millions et 2 à 2,7 milliards est le vrai commentaire du dossier ; trois points restent non tranchés : ce que les 20 millions achètent exactement — des actifs non divulgués pour The Verge, la licence elle-même pour CNBC et PYMNTS —, la date de l’annonce, que deux des pages citées donnent deux fois de deux façons différentes, et le périmètre de la licence cédée.
Sources
- Character.ai — « An Update on Character.ai », billet de blog de l’entreprise daté du 12 octobre 2026 — DOCUMENT PRIMAIRE de cet article : l’annonce elle-même (« Today, we’re sharing that Character.ai has initiated a voluntary Chapter 11 bankruptcy process to facilitate a court-supervised sale of the company. »), le motif invoqué (« Over the past year, we’ve taken meaningful steps to sustain and improve our business amid significant legal, regulatory, and operational headwinds. »), la décision du conseil (« After a comprehensive review of our available alternatives, our board determined that this court-supervised sale process provides us with the best opportunity to maximize value for all of our stakeholders. »), l’hypothèse de la fermeture (« If such a bid is unavailable, however, the platform will be wound down. »), le calendrier (« We currently expect that the court-supervised sale process will be complete by the end of November or perhaps early December 2026. »), le périmètre de la cession (« a court-supervised sale of all or substantially all of our assets »), les réponses sur les données personnelles (« Your information continues to be protected under our Privacy Policy », « our data privacy and security practices are unchanged », « you can delete your account or export your data through the app or the Character.ai website », « we intend to notify subscribers in advance » sur les fonctions payantes), et le renvoi du document vers Stretto, l’agent chargé des créances
- CNBC — « AI companion startup Character.ai files for Chapter 11 bankruptcy, citing costs and litigation », par CJ Haddad, publié le 13 octobre 2026 à 11 h 16 EDT — source des citations du dépôt au tribunal du Delaware (« In its 4-year lifespan as an active platform, Character has amassed a large and engaged user base. The burgeoning and evolving field of AI entertainment, however, has proven to be costly to develop and grow » et « These high costs, coupled with potential litigation related liabilities and regulatory engagement have contributed to the Debtor’s inability to generate sufficient cash flows to support its business in the present form »), du dépôt daté du lundi, de la façon dont CNBC répartit l’accord de 20 millions — elle le rattache à la licence (« stalking horse bidder to license some of the company’s intellectual property for $20 million »), ce qui DIVERGE de The Verge et que l’article signale —, de la poursuite du Kentucky en janvier (« preyed on children and led them into self-harm ») et du départ de Noam Shazeer de Google pour OpenAI en juin
- The Verge — « Character.AI files for bankruptcy », par Robert Hart, publié le 13 octobre 2026 à 10 h 32 UTC — source de la répartition de l’accord selon cette page (« Disney would pay $20 million for certain undisclosed assets, and provide transition support "using former Company employees it has hired." », « a nonexclusive license to unspecified intellectual property »), du montant payé par Google en 2024 (« Google spent over $2 billion to hire away much of the company’s talent, including co-founders Noam Shazeer and Daniel De Freitas, in 2024. »), du passif déclaré (« estimated liabilities between $50 million and $100 million »), de l’attribution du motif invoqué au communiqué et non aux pièces judiciaires (« In a press release and blog post published Monday, Character said… »), de l’arrivée de Karandeep Anand chez Disney comme directeur technique, du grief historique de Disney envers les chatbots non autorisés de ses personnages, et de la formule de l’acquihire
- The Verge — « Now that Character.AI is going bankrupt, what happens to all of its users’ data? », par Lauren Feiner, publié le 14 octobre 2026 à 18 h 47 UTC — source de l’intervention des 40 procureurs généraux et de leur « notice of interest » (« to put all parties on notice of the regulatory issues that will need to be addressed in any sale or transfer of the Debtor’s business or assets. »), du fait que les États négociaient sans avoir abouti (« but didn’t reach an agreement before the company filed for bankruptcy »), de la réserve sur la nature des données transférées, de l’enquête ouverte en 2024 après la mort d’un adolescent de 14 ans, de la liste des manquements relevés par le parquet de New York, des garde-fous demandés à l’acheteur, du fait que des États étaient en pleine instruction au moment du dépôt, et de la déclaration de Letitia James (« This company collected some of the most private thoughts children have ever shared, and now those conversations could be sold off to the highest bidder », puis « I am fighting to make sure any buyer puts children’s safety first and puts real protections in place. »). ⚠️ Cette page écrit « announced Tuesday » quand celle du 13 octobre écrit « published Monday » : les deux dates coexistent dans les sources, et l’article le dit
- PYMNTS — « Character AI Files for Bankruptcy and Signs $20 Million Disney Deal », publié le 13 octobre 2026 — source de la qualification exacte de la licence (« non-exclusive perpetual license » sur « certain Character AI intellectual property »), du montant de l’accord passé par Google en 2024 (« as part of a $2.7 billion licensing deal », à comparer aux « over $2 billion » de The Verge), de la mise en demeure envoyée par Disney et du retrait des bots Disney qui a suivi, du rappel que ces bots reprenaient des personnages de Disney, de Star Wars et de Marvel, de la fondation de l’entreprise par deux ingénieurs de Google, et des deux dates qu’elle porte elle aussi — « announced Tuesday (Oct. 13) » puis « a Monday (Oct. 12) news release ». ⚠️ Le communiqué de presse diffusé par Businesswire, que PYMNTS et le blog de l’entreprise citent, répond 403 à nos requêtes : son texte n’a pas été lu directement ici.