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ArtCraft : des clones gratuits d’Adobe écrits avec Claude Opus 5.5, et déjà étendus à Microsoft

Publié le 9 octobre 2026
Note Buzz : 8/10SassyNow : Utile avec réserve
Logo d'Adobe, dont la suite logicielle est reconstruite en open source
Photo — Adobe · domaine public · source

Le fait : le 7 octobre 2026, Ars Technica a raconté comment le développeur Brandon Thomas a reconstruit la suite Adobe. Le journal le formule en une phrase : « Now, one developer is using AI-powered reverse engineering to mimic the look, feel, and functionality of Adobe’s well-known software with what he hopes will soon be perfect fidelity. » Le pivot de la marque ArtCraft est daté et décrit : « Artcraft got its start last year as a “controllable AI for artists” that allows for precise post-generation editing of AI-crafted images and videos. Over the weekend, though, the brand debuted its pivot to a suite of seven open source apps recreating the user interface and tools found in Adobe’s Photoshop, Illustrator, Premiere, Lightroom, After Effects, InDesign, and Acrobat Pro. » L’outil employé est nommé : « software developer Brandon Thomas said he used Anthropic’s Claude Opus 5.5 to create “clean-room replacements” for Adobe’s closed source software in Rust (with WebAssembly versions available for use in a browser) ». Le sous-titre d’Ars Technica donne en une phrase le verdict que le reste de l’article développe : « Opus-built Creative Cloud alternatives are ambitious, free, and nowhere near finished. »

Ce qui a été publié, et comment c’est financé. Les applications sont gratuites, et la source primaire permet de le vérifier dépôt par dépôt : le compte GitHub qui les héberge porte des descriptions qui se répondent : « An open-source, clean-room reimplementation of Adobe Photoshop in pure Rust » pour photocraft, « Adobe Illustrator » pour vectorcraft, « Adobe Premiere Pro » pour filmcraft, « Adobe Lightroom » pour lightcraft et « Adobe Acrobat » pour pdfcraft, toutes publiées sous licence Apache 2.0. Deux autres complètent la suite Adobe sans description — effectcraft, qui correspond à After Effects, et designcraft, pour InDesign — par déduction à partir des sept noms donnés par Ars Technica, puisque ces deux dépôts n’ont pas de description. Le choix du langage n’est pas un détail : Rust compile en binaire natif et, via WebAssembly, peut tourner dans un navigateur, ce que l’article relève explicitement. La question du financement a une réponse, et c’est Thomas qui la donne : « Development of the totally free options offered here under MIT/Apache licenses will be funded, Thomas wrote, by selling token-based access to the pre-existing Artcraft visual AI model and IDE. » Il répond aussi, d’avance, à l’objection du projet qui meurt : « This revenue stream will help ensure these apps aren’t “going to be some orphaned small-team project,” Thomas wrote. “We have a team building popular software for filmmakers, so supporting this is fully funded.” » Le motif de départ, lui, est trivial et il l’assume : il a été « bit by the dark pattern “cancellation fee” one too many times ».

La promesse, et le recul de la promesse. C’est la partie de l’histoire qui mérite d’être lue en entier, parce que les deux phrases viennent du même homme à quelques jours d’intervalle. D’abord l’annonce, sur Reddit : « “We’re going to reach 100% [feature] parity within a month,” Thomas stated on Reddit of his plans to quickly squash bugs and add features with the help of community reports. » Puis la correction, sur Hacker News : « Days later, on Hacker News, he amended that position slightly to say that “99% parity will take a while, but I’m sure it’ll be measured in months and not years.” » Ars Technica ne se contente pas de citer les deux versions, il donne l’état réel du logiciel dans la phrase qui précède : « while commenters on Hacker News and elsewhere have taken pains to point out the new software’s many current shortcomings, Thomas makes the grandiose promise that the current “super early alpha” state will soon lead to something just as functional as anything Adobe has ever put out ». Le mot « super early alpha » est de Thomas, et il compte. Un risque juridique existe par ailleurs, et le journal le nomme sans le trancher : la pratique du reverse engineering « has generally been found legally acceptable », mais « the ArtCraft apps could still face legal trouble if their “trade dress” too closely mimics Adobe’s familiar appearance and interface ». Autrement dit, ce n’est pas le code qui pose problème, c’est la ressemblance de l’interface — et toute la promesse tient précisément à cette ressemblance.

Ce que la source primaire montre, et qu’Ars Technica ne dit pas. Ars Technica parle de « seven open source apps », ce qui est exact pour Adobe et faux pour le projet : au 9 octobre 2026, le compte GitHub qui publie ces applications en porte douze, et les cinq dernières ne concernent plus Adobe du tout. Elles s’appellent wordcraft, « An open-source, clean-room reimplementation of Microsoft Word in pure Rust » ; gridcraft, « GridCraft: an open-source, clean-room spreadsheet (Microsoft Excel-style) in pure Rust. By ArtCraft. » ; deckcraft, « Presentations and slide shows: an open-source, clean-room reimplementation of Microsoft PowerPoint in pure Rust. Part of the ArtCraft Crafting Apps. » ; soundcraft, « An open-source, clean-room reimplementation of Avid Pro Tools in pure Rust » ; et cadcraft, « CADCraft: computer-aided design and drafting — an open-source, clean-room AutoCAD-style app in pure Rust ». Toutes sont sous Apache 2.0, toutes sont en Rust, et leurs dates de création de dépôt disent le rythme : les cinq applications Adobe le 30 septembre, effectcraft et designcraft le 1er octobre, puis les cinq autres le 7 octobre — le jour même de l’article d’Ars Technica. Ce sont des dates de création de dépôt, pas nécessairement celles de leur ouverture au public, mais l’ordre est sans ambiguïté. Le compteur public d’intérêt, lui, est hors norme pour neuf jours d’existence : photocraft dépasse les 31 800 étoiles, lightcraft 6 900, filmcraft 6 200, pdfcraft 5 500, vectorcraft 4 500. L’antériorité de la marque est vérifiable sur le même compte, dont le nom affiché est simplement « ArtCraft » et la biographie « Open Source Tools and Models for Creatives » : un dépôt nommé artcraft, « ArtCraft is an intentional crafting engine for artists, designers, and filmmakers », existe depuis mars 2022. Enfin, un dépôt craft-repo-status-app a été créé le 9 octobre, pour suivre l’état des contributions : le projet ne s’est pas arrêté à l’annonce.

Notre lecture. Le sujet n’est pas qu’un développeur ait copié Adobe — les alternatives libres à Photoshop ou Premiere existent depuis des années, et Ars Technica le rappelle dès sa première phrase. Le sujet est le prix. Thomas dit lui-même ce qui a changé : « After coding exclusively with AI tools since February, Thomas said he foresees a near future when everyday developers can re-create open source versions of popular paid software », et sa formulation est plus ambitieuse que son projet : « “Now you can just create 1:1 functional equivalents, clean room, that are highly performant and cross-platform. Nothing is stopping you,” Thomas wrote. “We’ll replace Google Search, we’ll build our own smartphones, we’ll build better infra. We’ll remove all the ads and de-enshittify the entire tech world.” » Brandon Thomas l’a résumé ailleurs en trois mots — « “Software is over,” he gloated in an earlier comment, claiming to have “one-shotted Photoshop. The whole thing.” » Ce n’est pas la fin du logiciel propriétaire, et l’intéressé vient de le reconnaître en repoussant sa propre échéance. Mais trois choses ont réellement bougé, et elles sont mesurables : le coût d’entrée d’un clone d’interface a chuté au point qu’un projet dépasse les 31 000 étoiles en neuf jours ; le compte qui les héberge en porte douze, et pas seulement les sept annoncées ; et la contrainte qui reste n’est plus la capacité de le faire, mais ce qu’on a le droit d’imiter. La question ouverte n’est donc pas « est-ce que ça marche » — la réponse est non, pas encore, et l’auteur le dit — mais « à qui appartient une interface ». C’est celle qu’un tribunal tranchera si Adobe décide de parler de trade dress, et c’est aussi celle que tout créateur qui a appris un logiciel pourra se poser, parce que le même raisonnement vaut pour la suite qu’il utilise tous les jours.

Verdict SassyNow

Utile avec réserve — le fait est daté et vérifiable à deux niveaux : le 7 octobre 2026, Ars Technica a raconté comment Brandon Thomas a reconstruit les sept applications d’Adobe (Photoshop, Illustrator, Premiere, Lightroom, After Effects, InDesign, Acrobat) en Rust, gratuitement, sous licence Apache 2.0, en utilisant Claude Opus 5.5 ; et les dépôts eux-mêmes, interrogés le 9 octobre, confirment les noms, les licences et les langages, en montrant que le projet en compte déjà douze, les cinq dernières visant Microsoft Word, Excel et PowerPoint, Avid Pro Tools et AutoCAD. La réserve porte sur trois points, et elle est sérieuse. D’abord l’état réel du logiciel : son auteur parle lui-même de « super early alpha », et Ars Technica écrit dans son sous-titre que ces alternatives sont « ambitious, free, and nowhere near finished ». Ensuite la promesse, qui a reculé en public : « 100% [feature] parity within a month » sur Reddit, puis « 99% parity will take a while, but I’m sure it’ll be measured in months and not years » sur Hacker News — deux échéances incompatibles à quelques jours d’écart, et la seconde est la bonne. Enfin le risque juridique, nommé par le journal et non tranché : le reverse engineering est en général accepté, mais des interfaces trop fidèles exposent à une action en « trade dress » — or c’est exactement la fidélité qui fait l’intérêt de ces applications. Le financement, lui, a une réponse crédible : ces logiciels gratuits sont adossés à la vente d’accès au modèle ArtCraft, ce qui les met à l’abri du projet orphelin. À retenir : ce n’est pas la fin du logiciel payant, c’est la fin du coût d’entrée — et la question de six mois n’est pas technique, elle est juridique.

Sources